Entrées par Christophe Vuilleumier

Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation

Relevant il y a plus de cinq siècles d’une confrérie militaire, la société dite « Exercice de l’Arquebuse » fusionna avec celle de « la Navigation » au cours du XIXème siècle pour devenir « les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation » (EAN). Elle demeure de nos jours active et vivante, faisant perdurer mémoire et tradition au travers de son patrimoine et de ses manifestations. Se livrant à l’art du tir, les Exercices restent auréolés d’un passé intimement lié à celui de Genève, soucieuse depuis des siècles de conserver l’une de ses figures emblématiques.

L’Exercice de l’Arquebuse au Moyen-Âge

Au cours du Moyen Age, la cité de Genève relevait d’une situation extrêmement enchevêtrée opposant différents tenants du pouvoir, l’évêque en premier lieu, puis les ducs de Savoie qui avaient su évincer les comtes de Genève dans la domination du bassin lémanique. De nombreux conflits se déroulèrent entre ces seigneurs féodaux qui durent composer à partir du XIVème siècle avec la « commune » . On donne généralement pour la genèse de celle-ci, malgré plusieurs tentatives précédentes, l’obtention des franchises que l’évêque Adhémar Fabri concéda à la ville en 1387 .

L’Exercice de l’Arquebuse au XVIème siècle

Calvin arriva à Genève en 1536 à une période capitale pour le destin de la ville. Il y demeura deux ans avant d’être expulsé, ses sermons et sa discipline ayant déplu à de trop nombreuses personnes. De nouveaux troubles suivirent son départ, entraînant l’exécution du capitaine général de la Seigneurie, Jean Philippe, qui avait blessé plusieurs de ses opposants au cours du banquet clôturant un tir des Archers. En septembre 1541 Calvin était rappelé par les autorités. Dès lors, il fixa les cadres religieux et sociaux du nouvel Etat, participant aux décisions politiques importantes.

L’Exercice de l’Arquebuse au XVIIème siècle

Au début du XVIIème siècle, jalouse de sa reconnaissance nouvellement acquise, Genève continua de développer une politique extérieure tenant compte de sa rivalité avec la Savoie et des protections française et suisse. La cité, par sa position au sein des bailliages savoyards, ne pouvait effectivement pas éviter la guerre froide avec son voisin. De difficultés en nouvelles vexations les tensions avec la Savoie se prolongèrent durant tout le siècle, atteignant leur paroxysme dans les années 1630, lorsque Louis XIII et le duc Victor-Amédée conçurent un projet d’annexion et de partage de la cité calviniste.

L’Exercice de la Navigation

Celui qui s’assurait la maîtrise du lac Léman dominait le commerce y transitant autant que ses rives, raison pour laquelle les seigneurs du Moyen Age entretinrent rapidement des flottilles de guerre. La magna galea et la parva galea ou galiote, autrement appelées frégate, étaient les bâtiments que l’on rencontrait couramment sur le Léman depuis le XIIIème siècle . Genève également lutta dès son indépendance pour garantir ses voies maritimes en maintenant quelques bateaux de guerre . Manquant d’expérience, elle dut recourir à des aides étrangères à certaines périodes de crise. Les autorités envoyèrent ainsi en mission le conseiller Amy Varro en 1580. Il devait prendre contact avec les bons barquerelz de Marseille dans le but d’avoir un avis sur la construction de deux barques (ou frégates) destinées à la défense de la ville. La même année, les Bernois proposaient de construire et d’amarrer momentanément une partie de leur flotte militaire à Genève. A la fin des guerres de Savoie, en 1603, la Seigneurie avait augmenté ses effectifs et pouvait mobiliser quatorze bateaux . L’officier genevois Jaques de la Maisonneuve les utilisa d’ailleurs cette année là, lors de son raid contre les vaisseaux savoyards.

Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation du XVIIIème au XXIème siècle

Sans trop de heurts ni de malheurs le XVIIIème siècle s’écoula jusqu’en 1781. A cette date, le peuple se souleva contre le patriciat et lui imposa une constitution démocratique. Les autorités en appelant à l’aide étrangère, Bernois, Français et Sardes vinrent assiéger la ville qui finit par se rendre. La milice fut alors abolie et remplacée par une garnison. Les Exercices n’échappèrent pas à la répression et furent interdits le 4 novembre 1782. Pourtant, dix ans plus tard, la révolution chassait l’aristocratie et rétablissait le vieux principe des milices bourgeoises ainsi que les Exercices. Les tirages de l’arquebuse, du mousquet et du fusil reprirent alors leur place dans la cité de Calvin et furent ouverts à tous ceux qui effectuaient leur service militaire. Toutefois, les démocrates au pouvoir décidèrent de rebaptiser les Exercices dont les coutumes rappelaient trop l’Ancien Régime, et les nommèrent tirages publics de la Coulouvrenière et des Pâquis. Les titres de roi disparurent mais le contrôle du gouvernement demeura .

Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation, actualité et patrimoine

Depuis 1849, les Exercices sont reconnus comme fondation genevoise de droit privé. Les statuts de 1940 ont divisé les EAN en deux entités juridiques distinctes et complémentaires : la fondation, dont les statuts doivent être avalisés par le Conseil d’État, et l’association. La fondation a pour but de gérer son patrimoine afin de développer les disciplines de tir, et de conserver les traditions historiques et patriotiques. Elle verse à l’association les revenus nécessaires pour mener à bien les activités dont cette dernière est en charge. La fondation et l’association sont chapeautées toutes deux par la commission administrative, élue par l’Assemblée générale de l’association. Cette commission, qui adopte les comptes de la fondation, est constituée de onze officiers et de vingt-huit commissaires et se réunit une fois par mois en séance à laquelle le seigneur-commis serait en droit d’assister. Les fonctions exécutives relèvent du Collège des officiers, chacun ayant une responsabilité précise : président, vice-président, secrétaire général, patrimonial, trésorier, cinq directeurs des tirs et archiviste. L’Assemblée générale possède quant à elle un profil classique, élisant les officiers et les commissaires et adoptant tant les budgets que les comptes de l’association.